Ce samedi 20 juin, la cérémonie d’hommage à Jean Zay, organisée par l’association nationale des Amis de jean Zay, a eu lieu à 12h dans la crypte de la Sorbonne.
Vous trouverez ci-dessous le discours prononcé à cette occasion par Pierre Allorant, président des Amis de Jean Zay.
(Cette année, la cérémonie du Panthéon a été annulée en raison de la Panthéonisation de Marc Bloch.)
Hommage à Jean Zay à la crypte du Panthéon
20 juin 2026
Il y a 90 ans, Jean Zay devenait, à 32 ans, le plus jeune ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts de l’histoire de la République. Il ne découvrait pas les affaires gouvernementales, puisqu’il était depuis le début de 1936 sous-secrétaire d’Etat auprès du président du Conseil, le radical Albert Sarraut. Léon Blum ne cherchait pas un spécialiste des questions d’éducation, mais un jeune pour s’occuper des jeunes ; il avait repéré le talent oratoire et la finesse intellectuelle du jeune député du Loiret dès ses débuts au Palais Bourbon en 1932. Dès son entrée en fonction, appuyé par deux des premières femmes françaises membres d’un gouvernement, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore, et à la tête d’un cabinet remarquable de talents – Jean Cassou, Marcel Abraham, Julien Cain, Georges Huisman – le jeune ministre multiplie les initiatives et les discours, comme autant de gestes politiques, y compris de diplomatie culturelle.
En parallèle au lancement de sa réforme de l’enseignement et de l’orientation en sixième, du plein air et de l’activité physique, le ministre des Beaux-Arts se rend le 10 juin 1936 au château de Versailles recevoir un hôte américain de marque, généreux mécène, John Rockefeller Junior. Au-delà de cette coopération patrimoniale, Jean Zay salue la constance de l’amitié franco-américaine, « l’amour de la liberté et du progrès commun au peuple américain et au peuple français ». Le 18 septembre à Vienne au congrès de la Société universelle du théâtre, Jean Zay, l’ami de Louis Jouvet, insiste sur l’importance de « rajeunir nos théâtres officiels et de les adapter aux conditions nouvelles de l’art dramatique et musical ». Le 20 septembre, pour le bicentenaire de la venue de Jean-Jacques Rousseau aux Charmettes, il salue le penseur du contrat social qui « écrivit que tout gouvernement légitime est républicain ». Le ministre fait une causerie au poste national des PTT pour inaugurer les émissions de radiophonie scolaire, louant la « fraternité de l’écoute » partagée jusqu’aux petits collèges lointains, « coins de montagnes, communes enneigées où l’instituteur a tant de peine à rassembler son petit troupeau d’élèves ». Loin de craindre que cette nouvelle méthode d’enseignement ne sème paresse ou passivité, Jean Zay y voit à l’inverse « un élément de joie qui s’ajoutera au travail de la classe, une façon de faire vibrer tous les harmoniques qu’il contient en puissance ». Le 11 octobre à Médan, pour le 34e anniversaire de la mort de Zola, il s’incline devant celui qui « a bu la cigüe » et se remémore sa propre émotion en septembre 1930, six ans auparavant, d’avoir vu dans un cinéma de quartier berlinois un film sur l’affaire Dreyfus où « Zola apparaissait sur l’écran comme un symbole éternel, comme un signe surhumain du courage et de l’équité ».
Le 14 novembre 1936, il inaugure la Maison internationale de la Cité universitaire de Paris, pour « la jeunesse studieuse et l’espoir du monde ». Le 12 décembre, il reçoit Baden-Powell à la Sorbonne et salue en lui celui qui a mis en avant le fait que « la pratique des exercices physiques est aussi une culture : elle développe l’habileté, l’audace, l’esprit d’initiative : l’intelligence ne cesse pas de travailler dans une partie de football ». Enfin, le 31 décembre, il publie sa première circulaire sur l’interdiction des signes, d’abord politiques, puis religieux à l’école : « Ici le tract politique se mêle aux fournitures scolaires, l’intérieur d’un buvard d’apparence inoffensive étale le programme d’un parti. […] On devra poursuivre énergiquement la répression de toute tendance politique s’adressant aux élèves ou les employant comme instruments ».
Oui, Jean Zay en 1936 est notre contemporain, au moment, où avec sa femme Madeleine, il connait le bonheur de l’arrivée de la petite Catherine, comme plus tard aux heures sombres de l’été 40 quand arrive la petite Hélène. Notre souvenir continue de conjurer la solitude de l’oubli. Notre République a besoin de leurs valeurs et de leurs idées, de leur résistance aux forces qui, hier comme aujourd’hui, méprisent et détestent la culture, l’éducation, l’épanouissement des enfants et la démocratisation de leur accès à toutes les formes de réussite, l’émancipation des femmes et des hommes, les valeurs de notre démocratie, la vie.
Pierre Allorant
Président de l’association nationale des Amis de Jean Zay