Chères abonnées et chers abonnés,
Hélène Mouchard-Zay, notre amie, vient de nous quitter. Après la disparition de sa soeur aînée Catherine, c’est notre dernier lien direct avec Jean Zay qui disparaît.
Née au coeur de l’épisode dramatique du piège du « Massilia », dans une Afrique du nord alors livrée à une propagande antisémite d’une violence atroce entretenue par le régime de Vichy, Hélène Zay ne fait la rencontre de son père qu’à ses six mois et en prison, lorsqu’elle rejoint, avec sa mère Madeleine et sa soeur Catherine, 4 ans, Jean Zay, prisonnier politique de la dictature pétainiste, à Riom. Hélène n’a connu son père que derrière les barreaux, jusqu’à son assassinat par la Milice de Darnand et Pétain le 20 juin 1944.
Toute sa vie, Hélène a été une militante de la liberté, de l’égalité, des droits des femmes, de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et du « devoir de mémoire ». Par la création du CERCIL (Centre d’études et de recherche sur les camps d’internement du Loiret) à Orléans et par son action au Mémorial de la Shoah, par ses déplacements inlassables auprès des jeunes écoliers, collégiens, lycéens et étudiants, Hélène a, aux côtés de Catherine puis seule, puissamment contribué à garder vivante la mémoire de la vie, des valeurs et de l’action de Jean Zay, en amont puis en aval de son entrée au Panthéon en 2015.
Au sein des associations locale et nationale, le Cercle et les Amis, vouées à l’entretien de ce souvenir et aux actions culturelles, pédagogiques et de recherche, Hélène n’a cessé, à la suite de Madeleine Zay et de Catherine Martin-Zay, de s’investir sans compter, inspirant, stimulant et soutenant les initiatives des présidents successifs : Marcel Abraham, Jean Cassou, Antoine Prost, Pascal Ory, Michel Lesseur, Jean-Christophe Haglund, Pierre-Louis Emery.
Très attachée, comme son père, à la ville d’Orléans, Hélène y a été enseignante au lycée et à l’université, s’engageant dans la cause du soutien aux étudiants étrangers. De 1989 à 2001, Hélène Mouchard-Zay a exercé des responsabilités municipales au sein de l’équipe de Jean-Pierre Sueur, d’abord comme conseillère puis comme adjointe.
Passionnée, révulsée par toutes les injustices et toutes les dictatures, inquiète de la dégradation du climat international comme de l’abaissement du débat public en France, Hélène n’a jamais cessé de dénoncer les récupérations et instrumentalisations des idées et textes de son père par les ennemis de la liberté.
Elle a jusqu’au bout gardé espoir dans les jeunes, dans l’émancipation par l’éducation et par l’accès à la culture pour toutes et tous. En totale fidélité à son père, éternellement confiant dans le triomphe de la jeunesse et de la République.
À son époux Claude, à ses fils Jean et Daniel, à sa nièce Sophie et à son neveu Jérôme, nous tenons à exprimer, en ce moment si douloureux, notre profonde et fidèle sympathie.
Pour le Cercle Jean Zay et l’Association des Amis de Jean Zay,
Isabelle KLINKA-BALLESTEROS et Pierre ALLORANT