Un texte signé Pierre Allorant, président de l’association Les amis de Jean Zay :
De la Haute Solitude du captif à la vive espérance des Amis de Jean Zay
Laurent Veray nous avait déjà éblouis et émus par la très belle Cicatrice consacrée à la vie d’une famille bourgeoise républicaine et patriote dans l’entourage de Clemenceau, les Resal, singulièrement de la mère Julie, formidablement interprétée par Anne Alvaro, brisée par la cicatrice irrémédiable, irréparable, de la perte d’un fils polytechnicien dès 1914.
Le film que Laurent Véray consacre à Jean Zay vient également de loin, de sa jeunesse à Riom où le ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts de Léon Blum a été prisonnier politique de la dictature du régime de Vichy jusqu’à son assassinat par la milice de Pétain.
Ce film ne verse, fort heureusement, jamais dans le plat résumé de la vie et de l’œuvre réformatrice – certes considérable – du si jeune et brillant ministre. C’est un focus inspiré, et porté par la voix d’Éric Caravaca, par les propres mots de Jean Zay, sur la captivité et les écrits de prison de l’homme politique si brutalement et injustement tombé du Capitole de la rue de Grenelle à la Roche Tarpéienne des geôles de l’État Français antirépublicain.
Dans cette « Haute Solitude », la vérité d’un homme se révèle, sa dignité et sa passion de toujours pour l’écriture d’imagination, enfin paradoxalement assouvie : ses deux romans policiers, La Bague sans doigt et Le Château du silence, drolatiques et riches d’allusions aux perfidies du maréchalisme, ses 21 nouvelles, formidablement écrites, dans le style nerveux de l’ancien chroniqueur et de l’avocat, de « La lettre anonyme » à « L’assassin trop soigneux ».
Mais, y compris dans sa cellule, Zay n’est pas seul. Non, il n’est pas seul : l’amour de son admirable épouse Madeleine, l’affection de son père malade, Léon, le doux babil de sa fille Catherine et les premiers pas et premiers mots du bébé Hélène font vivre le lieu le moins apte à la vie familiale et à la vie tout court : la cellule, et son prolongement entretenu avec soin, la cour jardinée et plantée.
Et il y a les amis, intimes comme Jacques Kayser, et politiques, les collègues radicaux, les anciens membres du cabinet, les résistants Marcel Abraham et Jean Cassou, et les amis d’Orléans qui apportent les nouvelles de sa ville natale, martyrisée par les bombardements et par le pillage des occupants et de leurs complices, jusqu’au vol crapuleux des manuscrits du prétendu « Journal secret », verbatim des conseils des ministres rédigés de mémoire dans la foulée hebdomadaire de chaque réunion, de la conférence de Munich de fin septembre 1938 à la mobilisation de septembre 1939, perfidement commenté avec fiel et publié en violation de la volonté de l’auteur par Philippe Henriot.
Le captif de Pétain, nouveau Blanqui « l’Enfermé », nouveau Dreyfus de par sa condamnation à la « mort civile » et à la déportation, ne finira pas à l’Ile du diable. De son désespoir au fort Saint Jean de Marseille à Noël 1940 à son assassinat le 20 juin 1944 à Cusset, deux semaines après le Débarquement, Jean Zay entre en Haute Résistante : celle du prisonnier politique qui refuse de s’évader tant pour préserver sa famille que pour sauvegarder l’avenir, tant l’on compte sur lui, sur son ami Mendès et sur son alter ego de droite, Georges Mandel, pour reconstruire la France, rétablir l’Etat, faire vivre à nouveau la démocratie, comme Jean Moulin l’a préparé avec son Conseil de la Résistance avant sa mort tragique en juillet 1943.
Et avec la vive espérance de redonner une nouvelle jeunesse à notre République.
Jean Zay, notre contemporain, est vivant. Radicalement.
Pierre ALLORANT, président des Amis de Jean Zay
Ce film documentaire sera projeté à Orléans, au cinéma Les Carmes, fin mars 2026 (prévision le 27), lors du festival Récidive sur l’année 1936.
Une réflexion au sujet de « A propos du film documentaire « Haute Solitude » de Laurent Véray »
Merci pour ce beau texte !