Allocution de M. Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret et ancien ministre

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CEREMONIE  D’HOMMAGE  A  JEAN  ZAY  POUR  L’ANNIVERSAIRE  DE  SON  ASSASSINAT  LE  20 JUIN 1944

Elle a eu lieu le dimanche 21 juin 2009, à 11 heures, devant sa sépulture au cimetière d’Orléans, organisée par le Cercle Jean ZAY avec l’appui de l’Association nationale des Amis de Jean ZAY et le concours de la Mairie, en présence de la Famille, d’élus de l’Agglomération orléanaise et d’une assistance toujours aussi fidèle.

« Il y a 70 ans… Le 10 septembre 1939, une semaine après la déclaration de guerre, Jean Zay donne sa démission du gouvernement à Edouard Daladier, alors président du Conseil.
Il n’était pas mobilisable, en vertu d’un texte clair : « Les membres du gouvernement demeurent en fonction à la mobilisation générale ».
Jean Zay écrit au président du Conseil : « Je n ‘entends pas bénéficier de cette disposition. Agé de 35 ans, je désire partager le sort de cette jeunesse française pour laquelle j’ai travaillé de mon mieux depuis 40 mois. Je demande donc à suivre le sort normal de ma classe ».
Etant en mauvaise santé à la suite d’une opération, Jean Zay refuse tout processus d’incorporation, pour ne pas risquer de passer devant le conseil de réforme. Il veut être mobilisé.
Mais quelle affectation pour lui ? On lui propose d’entrer à l’Etat-major, et il ne l’accepte pas.
Affecté le 20 septembre 1939 à la 4eme armée, il devient officier adjoint au colonel commandant le Train. Il fera la guerre en cette qualité, de septembre 1939 à mai 1940, servant en Lorraine, à Forbach et à Bitche, pendant la « drôle de guerre ». Il connaîtra ensuite lors de
la débâcle du printemps 1940 toutes les étapes de son unité : l’Aisne, la Marne, l’Aube, la Loire, l’Allier.
Les seules permissions qu’il aura sollicitées sont celles qui permettent aux parlementaires de participer aux activités du Comité secret. En  adversaire résolu des régimes totalitaires, il estime cette guerre juste et nécessaire pour que la liberté et la dignité de l’homme soient sauvegardées.
Le 10 mai 1940, il est en permission, siégeant au Conseil général du Loiret. Il dispose d’encore huit jours, mais choisit de rejoindre son poste le soir même.
Son comportement est exemplaire lorsqu’il se trouve en premières lignes, et c’est son chef hiérarchique qui en témoigne : « II était volontaire pour toutes les missions périlleuses et délicates ».
Le 18 juin 1940, en pleine retraite, à Marsat près de Riom , l’ordre de repli sur Saint-Flour est donné par le colonel Pointout qui commande la formation à laquelle appartient Jean Zay. Celui-ci va y aller sans perdre de temps, avec l’accord de son chef, lorsque, sur le trajet, il apprend la convocation des parlementaires à Bordeaux. Il considère que son devoir est de s’y rendre aussitôt..Il est reçu à Bordeaux par le ministre de l’Intérieur Charles Pomaret, qui l’informe des dispositions prises : le Parlement ne siège pas, et un bateau est mis officiellement à la
disposition de ses membres désirant rejoindre l’Afrique du Nord par Casablanca, une partie du gouvernement devant gagner Alger directement.
Jean Zay va donc embarquer sur le Massilia à destination du Maroc, avec d’autres parlementaires.
« Rester; estime-t-il, c ‘est être fait inutilement prisonnier. Partir, c ‘est pouvoir continuer à se battre, c ‘est le devoir de partir.
« Partir pour l’Afrique du Nord avec le gouvernement, c ‘est garder le moyen de continuer à se battre ».
On sait quel fut le changement de position de Pétain, Laval, Darlan. On sait le piège qu’ils mirent en oeuvre. En exilant les principales figures du Parlement, ils avaient les mains libres pour demander l’armistice. Et ils allaient présenter les passagers du Massilia comme des fuyards. Avec Jean Zay, il y avait Pierre Viénot, Georges Mandel, Pierre Mendès France, Alexandre Wiltzer… au total 30 parlementaires.
Ces hommes étaient soucieux du salut de la France. Fallait-il être odieux pour imputer à ceux d’entre eux qui étaient mobilisés un « délit  d’abandon de poste », pour les présenter comme des traîtres, ainsi que le fit le journal Candide se déchaînant contre eux !
Nous savons quel fut le destin de Jean Zay : l’arrestation, le procès militaire, la prison, l’assassinat.
Reste cette question : pourquoi tant de haine, de haine tenace teintée d’antisémitisme ?
Sans doute peut-on dire que ceux qui abdiquent ne supportent pas que la droiture et la hauteur de vues de certaines personnalités leur envoient en pleine figure la claire conscience de leur triste comportement.
Cette haine, elle s’est exprimée par la cellule froide et sombre de Riom, par des conditions de détention éprouvantes, par un horrible assassinat.
Jean Zay fut le représentant brillant d’une certaine France, celle qui avait refusé la défaite, celle qui était d’abord attachée aux valeurs  républicaines de liberté. Il est mort en martyr de la République.
Nous voilà ici, dans ce cimetière d’Orléans, 70 ans plus tard, en ce premier jour ensoleillé de l’été.
N’oublions jamais que si la politique peut-être la digne, la plus digne des activités humaines, elle court toujours le risque de sombrer en son contraire.
Soyons vigilants.
N’oublions pas les flots de haine qui ont accompagné Jean Zay le Juste jusqu’à sa dernière heure.
Nourrissons-nous de son exemple et de la lumière qui émanait de lui pour déjouer les démons de la nuit et pour construire un monde fraternel. »

Nous remercions M. Jean-Pierre Sueur de nous avoir donné la possibilité de cette publication.
M.L

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